The Project Gutenberg EBook of Pauvre petite!, by Paul Bourget

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Title: Pauvre petite!

Author: Paul Bourget

Release Date: April 3, 2007 [EBook #20964]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PAUVRE PETITE! ***




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                             PAUVRE PETITE!

                             AVEC UN SONNET
                                   DE
                              PAUL BOURGET

                            DEUXIME DITION


                                 PARIS

                        PAUL OLLENDORFF, DITEUR
                    28 bis, RUE DE RICHELIEU, 28 bis

                                  1887

                          Tous droits rservs




IL A T TIR  PART

_Quinze exemplaires de luxe numrots  la presse:_

5 exemplaires sur papier du Japon (1  5).
10 exemplaires sur papier de Hollande (6  15).




    SIMPLE HISTOIRE


    L'orgue chante. La foule emplit la vaste glise.
    La jeune Marie entre, des fleurs au front,
    Et l'espoir des bonheurs permis qui lui viendront
    Ravit son coeur naf d'un moi qui la grise.

    --Bien des jours ont pass depuis cet heureux jour.
    Rideaux baisss, un fiacre au coin d'un quai s'arrte;
    Une femme voile en sort, courbant la tte.
    L'Adultre revient d'un rendez-vous d'amour.

    Entre l'heure innocente et l'heure criminelle
    Que de drames secrets se sont jous en elle!
    Quel sacrifice a fait ce coeur, s'il reste fier!

    C'est la bien simple histoire crite dans ce livre,
    Et quand le criminel bonheur pay si cher
    Te manqua, pauvre coeur, tu ne pus lui survivre!

                                       PAUL BOURGET.

      28 mars 1887.




Ceci n'est point une actualit, quoi qu'on en puisse croire, mais un
rcit puis dans un vieux manuscrit enseveli sous la poussire et oubli
dans un coin de la bibliothque du chteau de X... Inutile de dire que
je ne nommerai jamais ce chteau.

Je ne suis pas une plagiaire: je copie, et si je tais le nom de
l'auteur, c'est que mon vieux manuscrit n'est point sign.

 et l, les souris ou quelque autre vermine ont bien effac ou dchir
quelques lignes d'criture, je tcherai d'y suppler, et je demande
d'avance pardon au lecteur, si mon imagination n'est pas  la hauteur du
reste.

Le commencement, surtout, est un peu vague; l'auteur a craint sans doute
de se dsigner trop clairement; car il faut avouer, pour tre juste, que
bien que ces souvenirs nous soient donns comme ayant t crits par une
amie, ils ne sont pas prcisment l'oeuvre d'une amie!

Mais le silence de la mort qui s'est tabli depuis si longtemps sur tous
les personnages dont il va tre question, m'autorise  mettre ce rcit
en lumire.

Il est toujours intressant d'tudier la socit du XVIIIe sicle (?),
dans sa vie intime, et de pntrer ces dehors brillants, qui cachaient
si souvent des plaies effroyables!

Est-ce  dire que nous valons mieux  prsent? Il ne m'appartient pas de
juger. Chacun s'en tire, comme il croit le mieux.

Les coeurs, autrefois, taient les mmes, les institutions seules ont
chang, ainsi que les prjugs.

Est-ce donc parce qu'on n'ose regarder en face une statue antique libre
de voiles, qu'on soit plus vertueux? Allons donc! Vous tous qui criez
tant aprs Mme X..., ou Mme Z..., parce que son oeil bleu en dit
beaucoup, et que son sourire en demande davantage!... laissez l vos
belles phrases, ne vous mfiez pas tant de la race humaine, sans quoi,
elle se mfiera de vous, et pourriez-vous affirmer que vous ne le
regretteriez pas?

Il faut bien tre quelque peu sceptique, pour ne pas tomber dans la
navet.




PAUVRE PETITE!




I


Depuis quand nous connaissions-nous Louise et moi? Je n'en sais plus
rien, nous nous tions souvent rencontres, toutes petites, toutes les
deux en grand deuil, elle, de son pre, moi, de ma mre. Nos
gouvernantes taient en relations, nous avions fini par nous parler,
nous nous tions plu, puis aimes, et cette amiti-l, nous ne l'avons
jamais trahie.

Mon pre, plong dans la douleur que lui avait cause la mort de ma
mre, avait renonc  toute espce de luxe, et s'occupait peu de moi; il
sortait toujours seul et ne me parlait presque jamais. Toutefois il ne
ngligeait rien pour mon bien-tre et dsirait que mon ducation ft
soigne.

La mre de Louise, au contraire, vite console, ne vivant que pour sa
fille, travaillait  grand'peine  rtablir une fortune trs compromise
 la mort de son mari.

Nos vies se ressemblaient donc, en somme, quoique par des raisons trs
diffrentes.

Nous avons ainsi pass notre premire enfance, nous cherchant toujours
et toujours heureuses de nous retrouver. Que de douces heures se sont
coules  nous confier l'une  l'autre nos importantes affaires... ces
mille riens qui tiennent une si grande place dans les existences de dix
 douze ans,... que sais-je, une promenade projete et manque, une
leon plus ou moins bien apprise!  cet ge, on ignore encore quel
chapeau sied le mieux, ou quelle robe avantage la tournure; j'avoue
pourtant  ma honte que Louise a commenc  s'en douter avant moi; elle
me trouvait jolie, sans doute par bienveillance; quant  elle, elle
devenait tout simplement trs belle; aussi, vers la fin de sa
dix-huitime anne, elle fit un mariage inespr, et, c'est le cas ou
jamais de le dire: pour ses beaux yeux. Comme son mari tait bien alors!
Il avait un caractre des plus aimables, une intelligence au-dessus de
la moyenne, et, avec cela, une fortune colossale.

Malheureusement, il tait d'une activit presque fbrile que ne pouvait
supporter la nature indolente et potique de Louise.

Elle avait cru l'aimer, comme cela arrive tant de fois, hlas! On se
berce d'une esprance, croyant tenir une ralit!

Comment est-il possible, en effet, qu'une infortune crature, ne
connaissant du monde que le cercle restreint qui gravite autour d'elle,
puisse se faire une opinion quelconque sur l'homme avec lequel elle
devra partager son existence?

Elle entre dans la vie de mnage, comme dans un appartement neuf, duquel
elle ne connat ni les inconvnients, ni les avantages; elle ne peut
voir la vie qu' travers les illusions dont elle enveloppe son rve, et
le premier qu'on lui prsente, c'est le mari qu'elle accueille, en ayant
cru le choisir! Si c'est un galant homme, elle a quelque chance de
bonheur, sinon elle sera une victime de plus. Quant  l'attrait,  la
sympathie,  l'amour... l'amour surtout qu'elle doit  peine connatre
de nom, on s'en proccupe peu; elle ouvrira le livre de la vie, en
commenant par la dernire page, et ainsi le voile, dchir tout  coup,
lui montrera brutalement l'existence et chassera ces rves chris
qu'elle ne pourra plus jamais caresser!

Lorsque les premiers moments d'amour-propre flatt, de vanit assouvie
furent passs pour Louise, un dsenchantement absolu s'empara de tout
son tre, ce fut comme un malaise inexplicable, mais incessant.

Notre intimit, toujours croissante, fit qu'elle aima, ds le dbut, 
se confier  moi, me faisant part de ses impressions les plus
personnelles, me dtaillant, avec une prcision quelquefois gnante,
toutes les circonstances qui consacrent  jamais l'union conjugale...

Moments prcieux et dcisifs de l'existence qui sont si souvent remplis
d'angoisses, voire mme de crainte... trop rarement hlas! de charmes!

--Ma Jeanne chrie, me disait-elle, tu sais bien que mon sommeil avait
toujours t abrit par l'ombre du rideau de ma mre, comme par l'aile
d'un bon ange; j'avais grandi berce dans son sourire qui saluait chaque
matin mon rveil... ce doux sourire maternel qui fait croire que la vie
est bonne!...

Et voil que, tout  coup, ma mre disparat, me livrant  un homme avec
lequel, la veille, on ne me laissait pas causer seule. Alors je me mis 
trembler, me reprochant ce moment de vertige, o, triomphant de mes
hsitations, j'avais laiss entendre ce mot fatal: Oui! je l'accepte
pour poux!

Oh! mres, que vous tes coupables, vous qui cachez  vos filles
jusqu'au soupon de la ralit!

Te souvient-il de cette foule qui m'a sembl innombrable  la crmonie
religieuse? Ces chants pieux, l'autel blouissant, le parfum enivrant de
l'encens et des fleurs!... que sais-je? mes voiles, ma robe blanche...

Tout ce troublant ensemble se droulait en ma mmoire... j'tais
marie... du moins pour le monde!

Mais quand ce rve d'un jour s'envole et que la nuit descend... quelle
chute!

J'tais seule dans ma chambre, et tout en repassant en moi-mme cette
journe, je ne m'apercevais pas que les heures continuaient  se
succder... quand j'entendis ma porte s'ouvrir, et mon mari parut...

--Louise, arrte-toi, m'criai-je, je ne sais vraiment si je puis
continuer  t'entendre.

--Je t'en supplie, dit-elle, en me forant  me rasseoir et  l'couter,
il faut que je te raconte, il faut que tu saches, j'ai confiance en
toi!... Tu n'es donc plus mon amie?...

--Oh! si, pauvre petite!

Elle continua:

--J'tais donc la proprit de cet homme, puisqu'il entrait ainsi chez
moi, sans me demander si cela me convenait.

tre la chose de quelqu'un, c'est rvoltant!

Je ne sais ce qu'il pensa, lui, mais il vint s'asseoir tout prs de moi,
si prs que je respirais son haleine; je voulais fuir, et me sentais
cloue  ma place! Il me fit un signe que je ne compris pas, puis il
m'entrana doucement avec lui et me souleva dans ses bras: l je ne sais
plus bien ce qui se passa; mais, sous ses baisers brlants, je ne
cherchais plus  me dfendre, cdant  la violence de ses caresses,
quand, tout  coup, je ressentis une impression innarrable; je jetai un
cri, et perdis connaissance!... Est-ce que tu as perdu connaissance
aussi, toi?

--Louise, je t'ai promis de t'couter, mais non de te faire des
rvlations aussi intimes!

Dans tout ce qu'elle me disait, je dmlais surtout une horreur, une
rpugnance que je ne pouvais comprendre, marie moi-mme depuis peu,
heureuse et calme, dans une ivresse que rien ne semblait pouvoir
troubler!...

                   *       *       *       *       *

Pauvre petite! comme je l'aimais alors! Il me semblait dans ces
entretiens pleins d'abandon qu'elle avait besoin de moi, et que ma
patience  l'couter tait un soulagement pour elle!




II


Son union fut strile; dans les premiers temps, elle en eut un rel
chagrin, surtout lorsqu'elle vit un berceau prs de moi et qu'elle
embrassa mon premier-n. Souvent elle le prenait dans ses bras et se
cachait afin de dissimuler une larme!

Ma petite Louise, pourquoi ne pas avouer que c'est cela qui a manqu 
toute ta vie? Voil ta seule excuse si on veut bien t'en laisser une. Tu
as eu beau tre admire, tu as eu beau tre artiste, rien, vois-tu,
n'atteint, comme posie, le premier sourire de son fils!

J'ai dit qu'elle tait artiste. Oui, elle l'tait rellement; sa voix
chaude et caressante remuait jusqu'aux plus intimes fibres du coeur; et
quoique son mari n'aimt pas beaucoup la musique, elle avait souvent des
runions, soit nombreuses, soit intimes, o elle se produisait avec un
charme incomparable.

Parmi ses habitus, dont j'tais naturellement, il y avait un mnage
d'une laideur remarquable qui l'admirait de confiance, trop heureux
d'tre admis dans un salon lgant.

Ils appartenaient  cette catgorie plate et ddaigneuse qui flatte ceux
dont elle espre tirer avantage, et qui n'a qu'un sourire de piti pour
le reste!

Puis une femme brune, grande, au teint mat, qu'on aurait prise pour un
marbre antique chapp  quelque muse, sans ses grands yeux noirs
brillants qui vous pntraient jusqu' l'me. Elle se nommait Mathilde,
et familirement nous l'appelions Matt. Oh! celle-l, si j'avais pu lui
fermer la porte de Louise, avec quelle joie je l'aurais fait! Elle me
semblait tre son mauvais gnie, et toutes les fois que j'entendais dire
dans le monde quelque chose de malveillant sur Louise, je l'attribuais 
Matt. Elle avait une faon de dire: La pauvre petite, qui me donnait
le frisson.

Je ne crois pas avoir dit encore, pourquoi on appelait Louise: _pauvre
petite_; ce surnom lui venait de son enfance; elle tait trs dlicate,
ne avant le temps, et avait pass ses premiers jours enveloppe dans de
la ouate; elle tait, parat-il, si chtive, qu'on ne pouvait
s'empcher, en la voyant, de s'crier: Oh! la pauvre petite! Maintenant
ce surnom tait un peu ridicule,  cause de sa haute taille et de son
lgante ampleur, mais l'habitude tait prise.

Il y avait aussi, les soirs de musique, quelques amis de son mari. Les
uns, peu nombreux, l'coutaient religieusement, les autres fumaient 
l'cart, ou causaient sans se proccuper du bruit gnant qu'ils
faisaient. Que de fois j'ai eu envie de les griffer!

Mais il faut signaler, entre tous, un tre qui, pour moi, tenait du
reptile et du tigre, avec l'oeil perant d'un fauve, la chevelure trop
noire et trop abondante, une facilit de parole fastidieuse. Cet tre
qui rpondait au nom de dom Pedro tait Portugais; onduleux et
insinuant, il avait, je crois, fascin Louise; quand il tait l, sa
voix prenait un charme saisissant; elle se jouait des vocalises les plus
ardues et semblait une de ces fleurs n'ouvrant leur corolle embaume
qu' la chaleur d'un soleil radieux, dont le Portugais semblait lui
dispenser les rayons! Lui, fier de se voir ainsi apprci, tranchait de
tout en matre, lui faisant mme quelquefois des observations svres,
autant qu'absurdes, mais qu'elle acceptait en esclave; son mari
dtestait dom Pedro, et pourtant je le trouvais l toujours!... Elle
semblait mme avoir un malin plaisir  lui parler comme en secret.

Cet hiver-l, j'avais beaucoup entendu jaser sur Louise, mais  quoi bon
attacher une importance quelconque aux bruits mondains?

Les conversations vont leur train, elles se croisent et s'entre-croisent
si bien que, souvent, dans une mme soire, une mme personne soutient,
en partant, le contraire de ce qu'elle affirmait  son arrive; c'est
ainsi que les uns disaient: Avez-vous remarqu la baronne de X (c'tait
Louise) et dom Pedro? Ils se gnent peu.--Mais non, rpondaient les
autres, dom Pedro ne vit plus que pour la belle Mme de B. (c'tait
Matt)! Quelquefois on se hasardait  me demander mon avis. Devant cette
audace qui me rvoltait, je rpondais invariablement: Louise est mon
amie, je suis sre d'elle comme de moi-mme! Et ils s'en allaient, les
uns souriant, les autres me croyant.

Un soir de bal, au printemps suivant, Mathilde m'entendit faire cette
mme rponse; elle me reprit d'un ton moqueur:

--Oh! oh! fit-elle, vous croyez donc que dom Pedro a bien peu d'attaque,
et Louise beaucoup de dfense?

--Que voulez-vous dire, Mathilde?

--Silence, suivez-moi.

Nous tions chez un de ces richissimes banquiers avec lesquels toute
l'Europe compte  prsent. Un salon aux tentures bleu de ciel,
qu'encadraient dlicieusement des dorures d'une finesse admirable,
conduisait  la salle de danse blouissante de lumire.

C'tait,  ce moment, un spectacle exquis; les danses taient fort
gaies, il y avait beaucoup de jeunes gens: ces joues animes, ces
paules nues, charges pour la plupart des pierreries les plus
prcieuses, les rires, la musique, tout cet ensemble entranant forait,
en quelque sorte, la nature la plus calme  quelque agitation... Matt
voulait me mener dans la serre sur laquelle donnait cette salle; il
tait impossible de songer alors  la traverser, mais on pouvait
facilement la tourner en passant par un dlicieux boudoir rempli
d'objets d'une grande valeur.

Rien ne peut dire le calme mystrieux de ce vaste jardin de cristal. Des
plantes exotiques rpandues  profusion tendaient leurs larges feuilles
comme pour tamiser encore la ple lumire qu'on y laissait pntrer
comme  regret... Un petit jet d'eau cach dans le parterre central
couvrait de son bruit les conversations intimes!... un seul couple tait
assis, mais je ne pouvais distinguer les figures:

--Louise et dom Pedro! murmura Mathilde  mon oreille, en me les
dsignant.

Je me retournai vivement avec l'intention de lui donner,  tout hasard,
un dmenti formel... je me trouvai en face du mari de Louise:

--Vous avez donc oubli, Madame, que vous m'aviez promis cette valse?

--Non pas, je vous cherchais!...

Et, me prcipitant  son bras, je l'entranai dans le tourbillon, plus
vite que je ne mets de temps  l'crire, et nous valsions, nous
valsions... moi m'efforant de rire de tout, et lui cherchant  formuler
quelque excuse sur la manire brutale dont, prtendait-il, il m'avait
entrane loin de ma causerie!...

Longtemps la vision de la serre se reprsenta  mon esprit, mais je la
chassais comme on chasse un mauvais rve! Non, pensais-je, c'est
impossible, Louise, si belle, si artiste, si intelligente! et dom Pedro
si vulgaire, si... Non!

Mais alors, cette intimit relle ou feinte, pourquoi?...




III


Dom Pedro ne m'avait jamais tant dplu que la dernire fois que je
l'avais vu. C'tait le soir du dernier concert que Louise avait donn;
et peu de temps aprs, les dparts pour la campagne vinrent nous sparer
tous, au moins pour quelque temps; je tchai d'oublier cette impression.

Dans ses lettres Louise ne faisait aucune allusion au Portugais, elle me
demandait seulement, avec une insistance bien plus marque que de
coutume, d'aller la voir. Je finis par cder, le voyage n'tait pas bien
long; elle avait toujours chez elle d'agrables runions; je me dcidai
et me mis en route.

L'automne  V... tait charmant; on y inventait parties sur parties,
cavalcades pour les uns, chasses pour les autres, comdies plus ou moins
bien joues, etc... Louise savait intresser tout son monde et donner 
chacun sa distraction prfre, tandis qu'elle-mme s'adonnait de plus
en plus  la musique. Lorsque j'arrivai le chteau tait plein.

Le grand salon tait dispos d'une faon dlicieuse; les fentres
couvertes d'une lgre bue  cause du froid extrieur,--on tait en
novembre,--laissaient apercevoir, malgr le crpuscule naissant, des
arbres sculaires formant un majestueux arceau, qui se perdait au loin
dans la brume. C'est par cette avenue qu'on arrivait; aussi, quand ma
voiture tourna  l'angle du chteau pour approcher du perron, eus-je le
temps d'apercevoir bon nombre de figures souriantes me souhaitant la
bienvenue.

J'entrai, et me dbarrassant de mes fourrures, je rpondis aux bonjours
et aux poignes de main; Louise m'avait embrasse, et je lui trouvai non
seulement bonne mine, mais l'air radieux:

--Quelle joie de me retrouver ici, dis-je enfin!

--Ce n'est pas malheureux, il y a assez longtemps qu'on te dsire,
rpondit gentiment Louise; Jules surtout, il ne savait quelle chambre te
donner, pour que tu fusses bien. (Jules tait son mari.)

--Merci, mon cher Jules, je n'ai pas besoin d'tre si gte, pour aimer
 venir chez vous!

Aprs avoir ainsi chang quelques phrases banales avec mes amis, je
voulus me retirer dans cette fameuse chambre afin de m'habiller pour le
souper. Comme j'en exprimais le dsir  Louise, je remarquai chez elle
une vague inquitude; depuis quelque temps, elle regardait avec
acharnement la grande fentre qui donnait sur l'avenue, quand, tout 
coup, elle s'cria:

--Ah! le voil!

On se prcipita pour voir le nouvel arrivant, pendant que Louise me
montrait mon appartement.

--Ah! quel bonheur, soupira-t-elle, je commenais  m'inquiter. Regarde
comme je suis contente! Tu ne vois donc pas combien je suis heureuse? Tu
ne devines donc pas qui j'attends?

Je la regardais sans rpondre.

--Ne fais pas l'tonne comme , Jeanne, je me sauve car la voiture que
j'ai aperue au loin n'est autre que celle de dom Pedro; il doit tre
arriv maintenant, et... songe donc, il y a un mois que je ne l'ai vu!

... Je ne voulus pourtant pas croire encore, mais j'eus peur!

Ce soir-l, c'tait jour de comdie; Louise ne jouait pas, mais Mathilde
avait un rle important, ce qui me surprit, car, ne l'aimant pas, je
n'admettais, en elle, ni esprit, ni intelligence. Le souper fut gai, les
acteurs mangeaient  part, sous prtexte de pouvoir sortir de table
avant nous pour aller revtir leurs costumes afin de ne pas faire
attendre pour commencer la reprsentation.

La comdie m'intressa peu, j'tais suffoque par l'arrive de dom
Pedro, que je comptais bien ne jamais trouver  V...

Matt avait un rle de souveraine; sa trane en velours rouge, sa fraise
en broderie d'or, et ses cheveux, si noirs, relevs hardiment sur son
front, lui donnaient un air imposant, que je ne lui souponnais pas; et
je la trouvai belle!

Dom Pedro ne la quittait pas des yeux; elle ne laissait pas de s'en
apercevoir, et sa physionomie trahissait une satisfaction qui se
devinait dans son maintien.

Elle joua mdiocrement, mais dom Pedro l'accabla de compliments si
exagrs, que j'en fus tout tonne.

Puis, aprs un ou deux tours de valse, on eut la libert de se retirer.
J'en profitai aussitt, trs fatigue de mon voyage et bien aise aussi
de me sentir un peu seule avec mes rflexions.

 peine commenais-je  me remmorer cette premire soire que Louise
entrait souriante dans ma chambre; ses beaux cheveux blonds tombaient 
leur gr sur ses paules; un frais peignoir laissait deviner les
contours de sa taille svelte et gracieuse; mais ses yeux projetaient
vritablement des flammes.

--Qu'as-tu, ma chrie? lui dis-je presque effraye.

--Oh! rien; je veux te voir seule, un peu  mon aise, te dire que je
suis bien heureuse de te sentir enfin sous mon toit?

Son sourire tait forc, et les mots semblaient sortir difficilement de
ses lvres.

--Je te drange? reprit-elle.

--Du tout, Louise (et pourtant je tombais de sommeil), du tout ma chre
amie; seulement ce n'est pas dans tes habitudes de me faire une visite 
cette heure-l.

--C'est pour te voir un peu  mon aise, je te l'ai dit.

--Alors tu as quelque chose de particulier  me dire?...  me
confier?...

--Moi? Mais... mais non!

--Il n'est pas possible que tu viennes  cette heure-ci pour... rien?

--Tu es gentille! Si je te gne, je vais m'en aller.

Mais elle restait. Je me mis  l'observer; ses lvres tremblaient, et
son regard se perdait dans le vide.

--Qu'as-tu donc, Louise?

--Je ne sais pas! murmura-t-elle.

--Es-tu malade? allons, parle!

Elle me fit signe que non.

--Et ton mari, ajoutai-je mystrieusement, que va-t-il dire?

--Oh! rien du tout; d'ailleurs, que lui importe?

--Comment?

--Tu sais bien qu'il me hait!

Je tressaillis  cette rponse imprvue et brutale:

--Il ne t'aime pas? Jules ne t'aime pas? insistai-je.

--Non. Oh! si tu savais ce que je souffre!

--Tu souffres, Louise? et c'est par Jules? moi qui le croyais si bon, me
suis-je trompe  ce point!

--Oh! si tu savais, rptait-elle.

--Je me figurais que Jules satisfaisait  tous tes caprices, qu'il
approuvait tes moindres actes, tes moindres dsirs?... Dis-moi, n'est-il
plus  tes pieds comme autrefois, ou, du moins, comme je le croyais?...
Louise, rponds-moi, rponds-moi donc!

Et elle se taisait. Ses yeux, obstinment fixs sur le plancher,
s'emplissaient de larmes.

--Je ne l'aime pas! soupira-t-elle enfin, je ne l'aime pas...

J'tais tonne de cette insistance:

--Mais, je ne te demande pas de l'aimer, dis-je, l'amour ne vient pas 
commandement; cependant tu dois avoir pour Jules au moins de
l'estime?... Une certaine reconnaissance?...

--Reconnaissance! de quoi? fit-elle en me regardant, comme mue par un
ressort.

--Mais enfin (je voulais en dire trop esprant qu'elle m'arrterait), le
devoir, Louise, doit remplacer un peu l'affection?... et ta mre,
penses-tu au coeur de ta mre? Ne sens-tu pas que tu vas le dchirer?

J'avais dit ces derniers mots avec une lenteur marque; nous tions
assises tout prs l'une de l'autre; elle avait mis sa main dans la
mienne, mais cette main tait glace, et, instinctivement, mes doigts
s'taient entr'ouverts  et je l'avais presque repousse. Quels pnibles
instants! Combien durrent-ils? je l'ignore: mon coeur battait  faire
clater ma poitrine; mes yeux se voilaient, et il me semblait que mes
oreilles refuseraient d'entendre un secret fatal, si c'en tait un que
devait me dire Louise, lorsque, se soulevant  demi, elle plongea son
regard dans le mien et d'une voix trangle murmura:

--Et toi, alors, si tu me sais coupable, tu me repousseras aussi?

Pour toute rponse, je me levai en lui ouvrant mes bras; elle jeta sa
tte sur mon paule, et pleura longtemps, puis, se redressant avec
fiert, elle sortit, me laissant terrifie, et incapable de me rendre
compte de mes penses.




IV


Je n'avais pas fait un pas vers Louise, je n'avais pas essay de la
retenir, et je regardais cette porte qui venait de se fermer sur elle,
comme si mes yeux eussent pu la rouvrir et me ramener la pauvre petite
des jeunes annes, paisible et souriante, ne demandant rien au prsent,
et ne pensant pas qu'il dt y avoir un avenir. Mon coeur ne pouvait la
croire coupable; cette pense me torturait; aussi le sommeil ne vint-il
m'engourdir que lorsque le jour commena  se glisser entre mes rideaux.

Savoir Louise sur une pente fatale, quel croulement! Mais je voulais
ignorer encore qui l'y entranait et surtout  quel degr elle tait
arrive. J'en tais l de mes rflexions quand il fallut rentrer dans la
vie relle; la journe tait avance; l'heure du dner approchait, et
cet instant de runion, si gai ordinairement  la campagne, tait pour
moi, ce jour-l, une heure d'angoisse.

N'allais-je pas rougir en l'embrassant? N'allais-je pas jeter un regard
inquisiteur et ridicule sur chacun de ses amis?

La position devint facile quand j'entrai dans le salon. Elle tait l,
dans tout l'clat de sa beaut sereine, plonge dans une conversation
anime avec dom Pedro, plus obsquieux que jamais.

Matt tait l aussi, se tenant un peu  l'cart, et je vis parfaitement
qu'elle piait cet apart, comme un fauve regarde sa proie! Je saisis
sur un coin de sa bouche un soupon de sourire, qui me blessa
profondment... c'tait comme si elle et encore, comme autrefois dans
la serre, nomm dom Pedro...

Jusque-l, cet homme me dplaisait; mais, ds lors, je le pris en
horreur, enveloppant, sans m'en rendre compte, Mathilde dans la mme
aversion.

On ne pardonne gure  ceux qui vous montrent la vrit quand on veut
s'obstiner  en dtourner les yeux, et puis j'aimais la pauvre petite.
Jules, assis un peu  l'cart, se drangea seul  mon entre, il avait
l'air heureux... je ne crois pas pourtant qu'il ft du nombre de ces
maris tromps qui ne savent rien; mais il avait le bon sens de penser
que le seul parti  prendre est d'avoir l'air d'ignorer, si l'on veut
rendre un retour possible.

                   *       *       *       *       *

Mon sjour  V... fut court, la prsence de dom Pedro me troublait,
quoique Louise semblt avoir oubli sa confidence; et, sous aucun
prtexte, je n'y aurais fait la moindre allusion. Le moment du dpart
venu, elle m'embrassa avec effusion et me glissa dans l'oreille:

--N'est-ce pas que je suis heureuse d'avoir un _ami_ comme dom Pedro?...

Je n'eus pas le temps de rpondre, Jules s'approchait. Je lui tendis la
main et sautai dans la voiture... Toute la journe, ce mot ami rsonna
 mon oreille; j'aurais voulu l'en arracher, et pourtant, malgr moi, il
me faisait sourire!




V


Je me demande pourquoi j'cris ces lignes? Louise tait mon amie, et
c'est peut-tre la trahir? Mais non, car ceci est l'histoire d'une vie
bien souvent vcue. Combien, hlas! qui me liront, croiront se
reconnatre? Aucune particularit ne soulve le voile dont je la couvre,
et, d'ailleurs, Louise est morte.

J'espre aussi, en crivant ces souvenirs, faire un peu rflchir les
jeunes cervelles fminines qui les liront, car la _nvrose_ est une
maladie plus morale que physique et dont le vritable remde est de
savoir rsister  des dsirs... inavouables!

Il est toujours dlicat de se mettre en avant, mais je vais dire une
histoire qui a influ et qui influera sur toute ma vie. On en pourra
tirer telle conclusion que l'on voudra.

Avec mon pre, habitait une vieille tante, soeur de ma grand'mre. Elle
avait lev mon pre, qui avait t lui-mme de bonne heure orphelin; et
il avait pour elle une grande vnration. Depuis longtemps elle vivait
retire dans sa chambre, car elle avait prmaturment vieilli, et ses
facults mentales en avaient souffert. Elle avait d tre trs belle, et
lorsque j'tais toute petite, j'aimais beaucoup jouer avec elle. On nous
laissait ensemble des journes entires; je lui portais mes jouets de
prdilection... elle me souriait si doucement, pauvre vieille tante!

Un jour qu'on m'avait donn une poupe magnifique, je m'empressai de lui
montrer ce superbe cadeau.

--Regardez, tante, quels beaux yeux a ma fille! quels beaux cheveux
blonds! Voyez, elle est presque aussi grande que moi!

Tante n'eut pas son beau sourire habituel; une sombre pense sembla lui
traverser l'esprit, sans doute un souvenir cruel!... Elle prit la
poupe, se mit  l'examiner... puis, levant d'abord les yeux au ciel,
elle l'attira vers elle en l'appelant: Georges, mon bien-aim Georges!
et elle l'embrassa longuement... longuement... Tout  coup, fronant les
sourcils, elle la rejeta violemment  terre et, se renversant dans son
fauteuil, elle se mit  pleurer en criant: Parbleu! parbleu!...

Je me prcipitai pour voir si ma pauvre poupe ne s'tait pas casse
dans sa chute terrible... Pendant ce temps, on tait accouru au bruit
des sanglots de ma tante, et on m'emmena vivement sans mme me laisser
le temps de lui dire au revoir!

Cette scne m'avait vraiment impressionne. Qu'a donc pens ma tante,
me disais-je, ma poupe lui plaisait, et elle s'est fche presque
aussitt? J'irai et je lui demanderai. J'avais assez de malice pour
flairer un mystre, et je ne fis part de mes observations  personne.

Quand je retournai prs de ma vieille tante, je ne pris pas ma poupe,
elle n'eut pas l'air de s'en apercevoir, et nous jouions depuis quelques
minutes, lorsque je lui dis:

--Tante, pourquoi vous tes-vous fche l'autre jour?

--Je ne me suis pas fche, mon enfant, rpondit-elle.

--Mais si, tante, vous avez embrass ma belle poupe, et vous l'avez
jete, aprs, si rudement sur le plancher, que j'ai cru la ramasser en
morceaux!

--Tu me la rapporteras encore, n'est-ce pas?

--Alors il ne faudra plus la jeter par terre?

--Oh! non, je l'aime trop!

--Vous l'aimez? C'est drle! Moi aussi.

--Toi aussi? ah! je te le dfends, entends-tu? Si je ne l'avais pas
aim, lui, il n'aurait pas bris ma vie! Si je n'avais pas cout son
langage d'amour, je n'aurais pas la vue affaiblie par les pleurs de ma
jeunesse! Oh! non, non, ne l'aime pas! Il te persuadera, il mentira, et
quand tu entendras  ton oreille murmurer un serment qui lie les mes;
quand tu sentiras son bras enlacer ton tre et attirer ton coeur vers
son coeur, repousse-le et va-t'en; sans quoi, tes lvres closes par ses
lvres te feront oublier ta vie pour vivre de la sienne; et quand il se
sera satur de ton ivresse, tu le verras se retirer en souriant. Ce
sourire te semblera insultant et tu lui demanderas s'il te mprise.
Alors il te rpondra en haussant les paules: Parbleu!

Puis elle recommena  pleurer comme la veille. On m'emmena avec la mme
prcipitation, et depuis, on ne m'a jamais laisse seule avec ma tante.
Cette scne a eu sur ma vie une norme influence; car je l'ai toujours
prsente  ma mmoire, surtout depuis que j'ai pu la comprendre. De
sorte que, connaissant malheureusement les amours de Louise, il me
semblait toujours entendre dom Pedro, sortant de ses baisers, le lui
dire ce terrible: Parbleu!

Ils le disent tous, ce mot de mpris, entendez-vous, mes soeurs tombes
ou entranes vers la chute? Ils le disent tous, et c'est pour vous le
faire entendre que je laisse ma plume dominer ma volont, pour fixer ici
ces penses.

                   *       *       *       *       *

L'hiver revint et, avec lui, cet enchanement de plaisirs qui fait,
dit-on, de Paris, la ville enchanteresse par excellence. De fait, il y a
de quoi satisfaire toutes les exigences; les arts y sont
merveilleusement reprsents, les esprits lgers y trouvent un
renouvellement de banalits plus ou moins excitantes; la science y peut
tre aussi svre qu'on le dsire; je ne parlerai point des sens, nos
moeurs dgnrs leur faisant la part gnreuse!...

Louise effleurait tout et ne jouissait de rien. Seule, la contemplation
de dom Pedro la ravissait; sans lui, tout tait mort; avec lui, tout
tait vie, et vie souriante et belle!

Et pourtant elle tait inquite; Mathilde le voyait trop souvent,
n'allait-elle pas l'accaparer? Le pacifique baron ne voulait point le
recevoir assez; c'tait toujours sur moi qu'elle dversait le trop-plein
de son coeur; j'essayais de calmer moral et physique, mais, comme chez
toute personne dsquilibre, le moral subissait trop les influences
nerveuses, et semblait diriger sa sant mme; depuis quelque temps, elle
maigrissait et plissait d'une faon inquitante; je me hasardai  lui
en faire la remarque.

--Oh! ma pauvre Jeanne, me dit-elle, je crois que dom Pedro m'aime
moins! Il parle de faire un voyage chez lui, en Portugal, o il a de
grands intrts. Autrefois, il n'et pas admis l'ide d'une sparation
aussi longue, pour n'importe quels intrts!

--Tu ne peux pourtant pas exiger qu'il laisse toute sa fortune dprir,
et se rduise  la mendicit pour te plaire? Pourras-tu le nourrir
alors?...

--Ne ris pas, je souffre!

--C'est ta faute!

--Non, de grce, ne parle pas ainsi, je tiens  ton estime!

--Tu n'en as pas l'air!

--Alors, tu me compares  ces filles, qui roulent de honte en honte?

--Quelle exagration! Je ne te compare pas, je te prends pour une femme
qui a oubli ses devoirs et...

--Et quoi?...

--Et je le regrette.

--Si tu savais quel grand coeur, quel attachement profond il a pour moi,
quel dvouement absolu!...

--Et encore quoi?

--Et combien je l'aime!

--Allons donc! Ce mot-l, vois-tu, rsume  lui seul cet attachement si
profond, ce dvouement si sincre. Oh! ma chre Louise, je ne te croyais
pas si nave! Est-ce que toutes les femmes abandonnes par leur amant
n'ont pas tenu auparavant ce mme langage?... Pourquoi veux-tu qu'il
soit...

--Jeanne, reprit-elle vivement, tu sais quelque chose? Tu es charge de
me prvenir?

--Oh! non!

--N'achve pas. Si dom Pedro ne m'aimait plus, j'en mourrais!

--Mais puisque je te dis qu'il ne m'a pas parl?... Mais non!

--Tu dis faiblement ce non. Tu vois, sans doute, que tu as parl trop
brutalement et tu veux me laisser un instant d'espoir!

--Je t'affirme...

--Oh! Jeanne, c'est mal d'avoir accept cette mission-l!

--M'couteras-tu enfin, Louise? Puisque je t'affirme que je n'ai pas vu
dom Pedro. Et d'ailleurs si jamais il me faisait une allusion quelconque
sur toi, il ne repasserait jamais le seuil de ma porte!

--Vois-tu, ne me dis rien contre lui, j'aime mieux que tu ne m'en parles
pas.

--Bon! c'est toi qui as commenc! Tu sais bien pourtant  quel degr il
m'est... peu sympathique?

--Tu as tort, si tu voulais le recevoir davantage, tu saurais
l'apprcier, et tu verrais!

--Quel coeur, quel dvouement profond, etc... Connu!

Et cela finissait toujours par des larmes; j'tais oblige de la
consoler, de la remonter, je trouvais  dom Pedro toutes les qualits
qu'elle voulait; pourtant je ne pouvais approuver sa conduite, pauvre
petite, et je me reprochais d'avoir la faiblesse de ne pas lui dire
qu'il tait un monstre!...




VI


Je n'ai jamais trs bien compris pourquoi Louise tenait tant  une
approbation de ma part? Quel changement cela et-il apport dans sa vie?
Ce qui empoisonnait son existence, tait de ne pouvoir lgitimer son
coupable amour. C'est que c'tait une nature profondment honnte que la
sienne, et j'tais convaincue qu'elle n'avait d cder qu'
contre-coeur.

Je ne me trompais pas, car un jour il lui vint  l'ide de me raconter
la persistance de dom Pedro  la poursuivre, combien elle avait rsist
longtemps, puis enfin, ayant cru  un amour unique,  un coeur neuf
comme le sien, comme elle s'tait attache  cet homme, prise par un
attrait irrsistible, un sentiment qui lui avait t inconnu
jusqu'alors, qu'on l'appelle amour, ou d'un autre nom. Ce qu'il y a de
certain, c'est qu'elle s'tait livre, abandonne compltement; elle
tait devenue _la chose_ de dom Pedro. Ce mot qu'elle avait employe en
se rvoltant contre son mari, elle s'en rassasiait  prsent en
l'appliquant  celui-ci: Oui, disait-elle, ma joie est d'tre la chose
de dom Pedro!

Cet attachement que je souponnais  peine, quand Louise m'en fit
l'aveu, durait depuis plusieurs annes dj. Pour elle, c'tait devenu
comme un besoin imprieux, sa vie tout entire tait l, tandis que,
pour lui, ce n'tait plus qu'une lourde chane. Cependant, comprenant
les ravages qu'il avait faits dans ce pauvre coeur si franc, il avait,
au moins, la pudeur de lui laisser croire  une affection relle.

Louise avait le respect de sa mre et, pour rien au monde, elle n'aurait
voulu lui faire la triste confidence que j'avais reue. Ce n'tait pas
un des cts les moins douloureux de cette singulire existence, car je
ne crois pas avoir jamais rencontr un coeur de mre plus follement
aveugle que celui de la comtesse de F... sa mre.

Cependant dom Pedro, persvrant dans ses projets de voyage, partit  la
date fixe.

Je ne puis peindre le dsespoir de Louise; naturellement celui de dom
Pedro n'tait que simul, il tait facile de le voir; elle seule ne s'en
aperut pas.

--Quelle ide a-t-il d'aller par mer, me dit-elle le lendemain de son
dpart, c'est affreux un loignement comme celui-l; je ne puis avoir de
ses nouvelles ni communiquer avec lui jusqu' son arrive, et pendant ce
temps je mourrais de douleur, sans pouvoir le supplier de revenir me
donner un dernier adieu! Ce serait impossible! Impossible, comprends-tu
bien ce mot?

Et elle sanglotait.

--Vraiment, Louise, tu n'es pas raisonnable, lui dis-je un jour; cet
homme (je ne pouvais l'appeler autrement,  son grand dsespoir) cet
homme a rellement besoin de retourner chez lui, songe donc que ce n'est
pas  la guerre qu'il va, c'est au contraire dans un but trs pacifique.
Il va pour augmenter son bien-tre; il reviendra satisfait, heureux
mme, de son voyage.

Et je pensais intrieurement: Si l'Ocan pouvait l'engloutir!

Mais Louise reprenait:

--Tu ne comprends pas le dsespoir, toi! Si tu sentais ce que je
ressens, tu te demanderais comment je vis encore! Je me fais cette
question  moi-mme, et c'est souvent que je me demande pourquoi, en
effet, je ne suis pas morte.

--Comment, Louise! Tu vis parce que telle est la volont divine!

--Oh! Jeanne! la volont divine n'est pas de nous crer pour nous rendre
malheureuses. Je suis un tre maudit, moi; oui, vois-tu, quand on sait
qu'on est coupable, et qu'on n'a pas le courage de changer, on souffre 
en mourir et on souhaite la mort, car elle est prfrable  cette
souffrance.

Et comme je rpliquais:

--Non. Il est prfrable de revenir  la voie droite.

--Je ne puis pas, rpondait-elle, je me sens lche, mais pas assez,
pourtant, pour ne pas en finir avec la vie. Il me serait doux de penser,
qu'aprs lui avoir sacrifi repos, honneur, famille, tout ce qui vit en
moi, ce serait ma vie elle-mme que je lui donnerais.

--Es-tu folle? Et penses-tu srieusement  ce que tu dis? Le suicide est
toujours une lchet... tais-toi.

--Oh non! Le suicide n'est pas une lchet. Dieu pardonne  ceux qu'il
accable; je voudrais mourir, parce que j'espre en la mort et l'attends
comme une dlivrance!

--Allons, tu es gaie!

--Tu peux rire, toi, que te manque-t-il? On te vnre, on te respecte...
mais moi, si je m'entends approuver, je me dis: Ils ne savent pas! Si
l'on m'admire, si l'on m'applaudit quand je chante, je me dis: Est-ce
que cela me l'attache davantage? Il n'est pas  moi tout  fait! Va, je
ne suis pas heureuse, plus rien ne m'est doux; le sommeil seul me
console, parce qu'il me permet d'oublier, et la mort, c'est un sommeil
qui dure... On m'oubliera vite, je ne gnerai plus rien!

Et puis, ajouta-t-elle plus bas, je ne verrai plus cette figure placide
de Jules, me reprochant jusqu' mes penses.

--Jules ne te reproche rien du tout, c'est le remords qui t'agite...
Renonce  dom Pedro, et le calme que tu ressentiras te rendra le bonheur
que tu repousses!

--Tu vois bien, Jeanne, qu'il me faut mourir, c'est le seul moyen de
suivre ton conseil. Renoncer  dom Pedro?... Ce serait renoncer  l'air
que je respire, fermer les yeux  la lumire, comprimer mon coeur  en
arrter les battements... alors, que ce soit pour toujours!...

--Louise, tu t'gares!

--Non, ma Jeanne bien-aime, non; seulement dom Pedro est parti, plus
rien ne vit en moi, je me sens seule dans un vide effroyable; dom Pedro
est parti, ma vie le suit et m'abandonne; tout ce qu'il y a en moi qui
puisse vibrer encore est  lui,  lui  jamais!

--Je t'en supplie, Louise, calme-toi, chasse ou au moins combats ces
noires ides, qui branlent ton cerveau,  quoi bon te rendre malade?

--Je voudrais tant mourir! murmura-t-elle.

Jamais je n'oublierai le son de sa voix prononant ces dernires
paroles; je me sentis frissonner, et n'eus plus le courage de discuter
avec elle.




VII


Louise redoutait Mathilde.  son point de vue, hlas coupable, elle
avait raison, car Mathilde tait crole et ses grands yeux noirs, qui
avaient des reflets de soleil, rappelaient agrablement  dom Pedro le
ciel pur de son pays tincelant.

Avant le dpart du Portugais, Matt et lui se parlaient donc forcment
comme des amis, et cette intimit ne choquait que ma pauvre Louise; mais
ce que je n'admettais pas, c'tait la malice avec laquelle Matt parlait
de dom Pedro devant pauvre petite, soulignant les attentions qu'il
avait pour elle: insistant exprs, en racontant leurs faits et gestes,
sur ce qui pouvait prter  quelques sous-entendus. Autre avantage de
Matt, elle connaissait le Portugal. Quand ses parents taient venus se
fixer en France, ils s'taient arrts  Lisbonne o dom Pedro les
avaient reus, car ils taient parents.

Il les avait gards quelque temps chez lui,  peu de distance de cette
ville, et le souvenir de ce sjour lui tait rest prsent, comme un de
ces rves auxquels on s'attarde quand le rveil est venu!

Elle racontait souvent qu'il y avait rellement une grande posie dans
cet endroit privilgi de la nature: l'habitation tait simple, mais les
palmiers, les orangers, les citronniers, les musas et autres arbres de
ces pays ensoleills, rivalisaient de beaut et de grce. Elle disait
comment,  travers leurs longs doigts d'meraude, on apercevait l'ocan
bleui, qui semblait leur faire un encadrement de saphir, et tout au
loin, tout au loin, ce bleu transparent se reliait  celui du ciel par
une dgradation si douce, qu'on se demandait souvent o finissait l'un
et o commenait l'autre!

Le soir, quand le soleil semblait vouloir se baigner dans cette onde
attirante, Mathilde, quoique fort jeune alors, s'chappait de la maison
et courait sur une grande terrasse bordant la mer, et l, dans un coin
connu d'elle, elle contemplait, sduite par un charme inconnu et
croissant, ce sublime spectacle, qui, toujours semblable  lui-mme, ne
se ressemble pourtant jamais!

Tantt la mer semblait vouloir teindre ce globe de feu, qui descendait
sur elle comme pour la menacer, et de chaque petite pointe des lames
s'envolait une fine poussire d'eau brillante comme des diamants; puis
cette irradiation diminuait, s'teignant peu  peu, laissant la nuit
triomphante envelopper la mer de ses voiles mi-transparents; tandis que
Matt rentrait en cherchant  compter les toiles.

D'autres fois, se souvenait-elle encore, le soleil ne semblait pas
vouloir entrer en lutte avec l'eau et se ternissait avant mme de
disparatre. Ces soirs-l, de nombreuses petites voiles blanches et
grises parsemaient la vaste tendue mouvante qui s'tendait  ses pieds,
et c'tait une autre joie de les voir glisser sur l'eau, se croiser, se
dpasser ou s'arrter comme  bout de forces, semblables  de grandes
mouettes qui jouent.

                   *       *       *       *       *

Malgr les charmes de son pays enchant, dom Pedro revint, et devant lui
les noires ides de Louise s'envolrent, mais il avait rapport de
l-bas le dsir le plus violent d'y retourner, il en parlait sans cesse
avec Mathilde devant la pauvre petite dont le visage devenait livide
et qui prenait le parti de ne plus rien dire; sa jalousie cependant la
torturait, et lui faisait faire, les unes sur les autres, toutes les
maladresses possibles. Dom Pedro ne l'aimait plus que sensuellement,
elle l'agaait visiblement. Jules aurait bien voulu reprendre ses droits
d'poux, mais la svrit de Louise le tenait loign, et il en
gmissait en secret.

De temps en temps une petite scne conjugale tait tente, mais il tait
toujours oblig de s'avouer vaincu, et s'en retournait dans ses
appartements sans jamais pouvoir rien obtenir!

Louise m'avait cont cela, et je m'tais hasarde  lui dmontrer
l'imprudence de sa conduite!...

Elle haussait les paules en riant:

--Bah! disait-elle,  mon ge, il n'y a plus de danger!

Plus de danger, elle touchait  peine  ses trente ans!

--Pourvu que dom Pedro ne se lasse pas de moi! recommena-t-elle un
jour.

--Pourquoi donc?

--C'est qu'il me semble qu'il est plus souvent avec Matt, ne l'as-tu pas
remarqu?

--Je t'affirme que non.

Un jour que nous causions ainsi confidentiellement, dom Pedro entra.

Je me levai, n'aimant pas  me trouver entre eux, car de quelque manire
que la conversation s'engaget, j'avais toujours peur qu'il ne
m'chappt quelque parole blessante, et d'ailleurs, comme je ne doutais
pas que dom Pedro ne st que Louise m'avait tout confi, je n'osais plus
le regarder en face; car je ne voulais pas jouer le rle de confidente,
je ne voulais pas surtout qu'on me souponnt d'approuver la conduite de
Louise, d'aider  leur dsordre!

Mais je ne fis qu'un pas, et m'arrtai vivement: dom Pedro, nous ayant
salues, annona brusquement son dpart.

Pauvre petite s'y attendait si peu, qu'elle se renversa dans son
fauteuil, agite d'un tremblement convulsif, et perdit connaissance!

Je ne vis plus qu'elle et me prcipitai pour lui prodiguer tous les
soins possibles; je ne sais comment un flacon de sels se trouva dans ma
main; je le lui fis respirer, je lui frottai les mains et les tempes
avec de l'eau de Cologne.

Enfin sa respiration tant redevenue calme, je fus plus tranquille sur
son compte et levai instinctivement les yeux pour examiner dom Pedro.

Il me fit presque piti: il se tenait appuy prs de la porte comme un
homme qui chancelle; sa pleur me surprit, et pour la premire fois
depuis que je le connaissais, je crus  une motion de sa part.

Cependant Louise avait laiss retomber sa tte sur mon paule, ses yeux
restaient ferms, mais ses lvres faisant un suprme effort, elle
murmura, Jeanne, il est parti, sans me dire adieu!

--Mais non!

--Cours aprs lui, mon amie, dis-lui qu'il me pardonne!

--Louise, je t'en prie, reviens  toi!

--Qu'il me pardonne le trouble que j'ai apport dans son existence!

--Tais-toi, te dis-je!

--Sans moi, il aurait  prsent un foyer moins triste, une famille... il
serait heureux!

--Reviens  toi, chrie!

--Promets-moi, Jeanne, dit-elle en se ranimant, promets-moi, quand je
serai morte, d'implorer son pardon, pour ma mmoire!

Et comme je cherchais  me dgager, ne pouvant supporter que dom Pedro
restt aussi longtemps impassible, elle se raccrocha  mon bras, et d'un
ton absolu, quoique touff, elle ajouta:

--Ne fais pas ton regard svre, Jeanne, je l'aime! oui... plus que
tout: entends-tu; plus que tout!

--Parlerez-vous, enfin! criai-je  dom Pedro en me dgageant des bras de
Louise?

Ces mots lui firent reprendre tout  fait connaissance; elle aperut son
amant clou  la mme place, d'un bond elle se prcipita vers lui...

--Je ne partirai pas, dit-il.

Je ne vis plus rien, je n'entendis plus rien. Tout ce que je me
rappelle, c'est que je me retrouvai dans la rue, le coeur plein
d'angoisses.




VIII


Louise me fit demander le lendemain; je n'osai pas m'excuser. Ds que je
la vis, je fus tonne du changement qui s'tait opr en elle. Ses yeux
n'avaient sans doute got aucun repos, ils taient secs, comme brls
par la fivre. Ce qui me frappa le plus ce fut sa parole entrecoupe:

--Jules a reu des lettres anonymes; il n'y attachait pas d'importance
d'abord, mais il commence  tre branl!...

--Tu exagres sans doute encore?

--Il y croit, te dis-je; tiens, il y a environ six mois, il m'a menace:
Si je savais que vous me trompez, m'a-t-il dit, je vous tuerais comme
un chien.

--C'est bien peu dans son caractre!

--Il est devenu nerveux, cependant je cde  tous ses caprices!

--Oh! l, je t'arrte. Ses caprices se rsument  vouloir faire acte de
vie conjugale, et c'est avec acharnement qu'il se voit repouss!

--Trop tard! fit-elle avec un rire satanique.

--Pourquoi? Il n'est jamais trop tard pour cder  un dsir lgitime? Il
croira que tu as vaincu la rpulsion que tu avais pour lui.

--Trop tard! rpta-t-elle en m'interrompant.

--Louise, repris-je froidement, je ne comprends pas.

--C'est inutile!... Mais non, au fait, tu es discrte, cela me
soulagera!...

Il faut que tu sois au courant, parce qu'enfin il me rpugne de te
mentir aussi  toi; toi, si loyale, si honnte... tu me fuiras, me
haras peut-tre! qu'importe  prsent, j'ai pris un parti irrvocable.

coute, fit-elle en m'attirant contre elle et, d'une voix trange, elle
me dit ces mots en les scandant d'une faon solennelle et avec un effet
voulu:

--Dom Pedro est rest longtemps ici, hier, aprs ton dpart: il a fini
par comprendre que mon amour l'enlacerait partout quoi qu'il ft; il ne
cherche plus  s'en dgager parce que l'immensit de cette affection le
touche, et alors, c'est convenu, il partira, mais c'est pour prparer
tout l-bas afin de me recevoir, car je ne peux... je ne veux plus vivre
qu'avec lui, qu'avec... le pre de mon enfant!... Oh! tais-toi, Jeanne,
je sais tout ce que tu vas me dire, pourquoi me dchirer le coeur
inutilement: je te charge de consoler ma mre... et...

Elle ne put achever.

--Louise, m'criai-je, dis-moi que ce n'est pas vrai, dis-moi que ce
n'est pas possible, ou au moins que tu n'es pas sre?

--Absolument sre. Et mme il ne faut pas qu'il prolonge trop son
absence... je ne pourrais peut-tre plus le suivre.

--Si prs du dnouement! murmurai-je, et personne ne souponne rien?

--Je suis tellement maigrie! et puis regarde,  peine puis-je respirer
dans mes vtements!

Elle tait redevenue calme et souriante, et moi, je me sentais
ptrifie. Pas un mot ne venait sur mes lvres, je ne savais mme plus
l'aimer...

tait-ce de sa part cynisme ou nergie farouche? Il me semblait en
arriver  admettre ses ides de suicide! J'aurais voulu crier  sa mre:
Venez, Madame, au nom du ciel, si vous tardez un instant, votre fille
est perdue. Venez, il est peut-tre encore temps de la sauver!

Combien ai-je vcu ces quelques minutes! Il m'a sembl, en ce court
espace de temps, effeuiller un sicle! Un baiser, qui me brla le front,
me sortit de ce songe:

--Non! fis-je en la repoussant.

Pour toute rponse, elle sourit et me tourna le dos, pour aller
au-devant de sa mre que je n'avais pas vue entrer.

--Encore l? Tu dnes donc bien tard? me dit la comtesse de R...

--Mais non, Madame, c'est--dire oui! Est-il donc si tard que cela?

--Ah! , qu'as-tu donc? As-tu t par hasard tmoin d'une scne de
Jules avec Louise? C'est qu'il n'est pas tous les jours commode, mon
gendre!

--Oh! Madame, Jules est si bon!

--Oui, bon pour toi, c'est possible, tu n'es pas sa femme; pour Louise,
c'est diffrent! Aussi ai-je remarqu avec beaucoup de chagrin que la
maigreur de ma fille augmente, elle plit beaucoup, tu le vois bien
comme moi?

--Moi, Madame? oui; au contraire!... non!...

--Ah! par exemple, voil qui est fort! Vraiment, Louise, ajouta-t-elle
en se tournant vers la pauvre petite, qu'as-tu fait  ton amie? Elle
parle avec une incohrence, qui, heureusement ne lui est pas habituelle?
Ah! mais, vois donc comme elle est rouge?

En effet, je me sentais devenir carlate, je souffrais visiblement et,
sur une excuse banale, je la saluai, puis faisant semblant d'embrasser
Louise je me sauvai avec bonheur.




IX


Sincrement, je me demande quelle est la conduite que j'aurais d tenir,
et je ne puis me rpondre clairement. Notre vieille amiti plaidait pour
la pauvre petite... mais cet acharnement dans la mauvaise voie!

Pauvre petite, elle n'aurait pas fait volontiers de la peine  son
pire ennemi; elle tait charitable et douce, et savait toujours excuser
les autres! Et, se rvoltant contre toute lgret... tandis que sa
conduite  elle tait des plus coupables.

C'est qu'elle avait fini par se persuader  elle-mme, que le sort seul
tait responsable. Si son mari et t plus habile  la prendre, c'est
lui qu'elle aurait aim! Si dom Pedro ne s'tait pas acharn  la
perscuter de son amour, elle ne l'aurait point cout; la preuve, c'est
qu'elle l'avait d'abord repouss. Lui, son unique tendresse, elle ne
l'avait jamais trahi; elle ne le trahirait jamais, elle en tait sre.
Ce n'tait donc pas sa faute! disait-elle. Est-on matre de ses
sentiments?

Mais lorsque le dshonneur absolu, par sa maternit illgitime, se
dressa devant elle, ce fut une rvolte complte contre l'humanit tout
entire, et surtout contre Dieu. Mais l, il n'y avait plus de lutte
possible; la nature l'emportait sur sa volont et elle en arrivait 
justifier le suicide. Elle voulait lgitimer la mort avant de l'appeler
 elle, comme elle s'tait imagin avoir lgitim sa vie! Pauvre petite,
avec quelle inconscience, elle a galvaud son existence! Elle lui tait
offerte si simple et si facile! Elle ne lui a pas suffi, et elle a
pitin sur son bonheur pour une ombre de satisfaction; aussi n'a-t-elle
prouv qu'un coeurement d'elle-mme, et sa dernire heure a sonn dans
un lan de dsespoir!

                   *       *       *       *       *

Il y avait longtemps relativement que nous ne nous tions vues;
instinctivement je m'en loignais et, quoique je ne croie pas aux
pressentiments, un soir que j'tais plus inquite sur son compte, je me
rendis chez elle et la trouvai par hasard seule. Son mari tait au
thtre, sa mre absente, je vis qu'elle avait pleur, je ne lui en
demandai pas la cause, pensant trop bien la deviner; elle me prit la
main silencieusement, ce fut son unique bonjour.

--Si je te faisais demander au milieu de la nuit, viendrais-tu? me
dit-elle.

--Pourquoi pas? rpondis-je tonne de cette question.

--Merci, Jeanne, tu es une vraie amie, toi.

--Ma petite chrie, j'espre que tu n'en as jamais dout?

--Tu sais, continua-t-elle, dom Pedro?...

--Allons, encore?

--Ne m'interromps pas. Dom Pedro m'avait promis, formellement promis,
que son absence durerait  peine un mois, et il y en aura bientt trois
qu'il est parti.

--Peut-tre n'est-ce pas sa faute, un retard imprvu ou bien...

--Oh! s'il n'est pas press de revenir, dit-elle en m'arrtant, c'est
qu'il ne m'aime plus... plus... ou du moins pas autant. Je comprends
bien que je dois tre une charge pour lui, un embarras! Du reste, il a
crit une fois de plus  Mathilde qu' moi!

--Qu'en sais-tu?

--Elle me l'a bien fait remarquer. Tu comprends, si elle pouvait m'ter
de sa route! Je lui porte ombrage: mon Pedro bien-aim n'ose pas encore
la prfrer ouvertement  moi!--Il ne peut pas, dit-elle en s'animant,
il ne le _doit_ pas, je ne retire pas ce mot; maintenant il a des
devoirs envers moi, et, comme il est honnte!... Ne souris pas, je dis
vrai, et pourtant ce qui m'effraye, c'est que rien ne l'oblige  ne pas
briser ces liens qu'il a forms lui-mme! Oh! Jeanne, Jeanne, que j'ai
peur de l'avenir!

Je ne rpondis pas. Elle s'tait leve et se promenait  pas lents, dans
ce dlicieux boudoir qu'ils avaient arrangs amoureusement ensemble; je
me gardai de troubler sa rverie, elle allait, s'asseyant dans le coin
qu'il prfrait, effleurant de ses lvres brlantes les feuilles de
fougres qu'il avait touches, murmurant comme un cho lointain les airs
qu'il aimait le plus  entendre! Qu'elle tait belle ainsi, malgr ses
souffrances caches! Ses yeux, qui s'taient un peu creuss, n'avaient
rien perdu de leur clat; ses joues amaigries donnaient un reflet
potique  sa douce physionomie, et lui prtaient un charme de plus!...
Je me sentais mue, et, malgr moi, je la plaignais de tout mon coeur.

 cet instant la porte s'ouvrit, et son domestique lui prsenta sur un
plateau d'argent un petit billet sur l'enveloppe duquel je remarquai ce
mot _Press_.

--Est-ce qu'on attend la rponse? demanda-t-elle.

--Non, madame, lui fut-il rpondu.

Elle l'ouvrit, et j'entendis comme un coup de marteau sec... c'tait un
cri de douleur qu'elle retint en me passant ce chiffon de papier, o je
lus:


  Chre amie,

Je reois  l'instant, une dpche de dom Pedro, il arrive demain et me
charge de vous en prvenir.

Bien  vous.

                                                         Mathilde.


--Eh bien, Louise, qu'y a-t-il d'tonnant? Matt est sa cousine, il lui
adresse sa dpche, sr que tu seras prvenue tout de suite, c'est bien
naturel!

--Ah! tu trouves?... Je suis fatigue, Jeanne, bonsoir mon amie; va,
laisse-moi me reposer... n'est-ce pas, quand tu le verras, tu lui diras
que je ne l'aime plus. Oh! non, je ne le reverrai jamais. Dors bien, ma
Jeanne. Adieu!

Louise me dit ces paroles d'un ton profondment triste, mais si rsolu,
que je ne trouvai rien  rpondre. Je restais immobile et sans forces;
elle vit mon embarras, se mit  sourire avec amertume et me rpta
froidement ce mot: adieu. Puis ce fut tout, son regard plongeait dans le
mien, elle comprenait que je voulais rester, ce qui la contrariait
visiblement.

--Je vais sonner, dit-elle,  demain.

Ce mot me dcida, je me levai, et, l'ayant embrasse, je sortis.

C'tait une tide soire de juin, il n'tait pas tard, je voulus rentrer
 pied, marchant doucement, absorbe par la pense de Louise.

Pourquoi suis-je partie, avant que son mari ne ft l? pensai-je,
j'aurais peut-tre russi  la calmer? Que va-t-il se passer quand il
rentrera? Si je retournais? Mais non, c'est ridicule. D'ailleurs on ne
me laisserait plus entrer; elle va s'endormir, et peut-tre demain...
Elle m'a dit:  demain, sa vie prendra-t-elle une nouvelle face? Qui
sait?

J'tais enfin arrive chez moi, aprs mille hsitations; je n'avais mme
pas dgraf mon manteau, et je m'tais assise presque inconsciente,
lorsque j'entendis des pas prcipits. Un coup violent retentit  ma
porte, contre toute habitude  cette heure avance.

--Qui est l? qu'y a-t-il? demandai-je vivement.

--Mme la baronne de X... fait demander Madame immdiatement!

Ressaisir mes gants, ouvrir ma porte et descendre ne furent que
l'affaire d'un instant, mon coeur se heurtait si fort  ma poitrine,
qu'on en et facilement compt les battements. En quelques minutes, je
fus chez Louise; je me trouvai  la porte en mme temps que Jules.

--Qu'a-t-elle? lui criai-je.

--Qui, elle? quoi? que voulez-vous dire?

Je vis qu'il ne se doutait de rien, il rentrait simplement du thtre.

--Louise est malade, je pense, elle vient de me faire demander, et
j'accours!

--Quelle admirable amie vous tes!

Je n'en coutai pas davantage. Le saisissant par la main je l'entranai
vers l'appartement de Louise,  la porte duquel se tenait sa femme de
chambre. Cette femme me dit avoir dfense d'entrer chez sa matresse
avant mon arrive.

Je ne sais si je l'ouvris ou la brisai, cette porte, dans mon trouble;
mais ds que j'eus fait un pas dans la chambre, une odeur violente, qui
ne me trompa point, vint me saisir au front.

--De l'air! criai-je.

Jules courut  la fentre, et moi, je bondis vers Louise et, saisissant
ses mains crispes, j'en arrachai, pour le dissimuler sur moi, un flacon
de chloroforme qu'elle avait eu le triste courage de respirer jusqu' ce
qu'elle et cess de vivre.

--Morte! m'criai-je en tombant  genoux.

Jules poussa un cri de vritable dsespoir.

--tes-vous sre? me dit-il tout bas en me dsignant le corps de sa
femme.

Un imperceptible soubresaut venait d'agiter la couverture... sans doute
la dernire convulsion de ce pauvre petit tre, auquel elle n'avait pas
voulu donner le jour... puis, plus rien ne bougea!

--Oui, rpondis-je  mi-voix, oui, j'en suis sre!

Il prit sa main dj glace et l'inonda de larmes!...

                   *       *       *       *       *

Jules ignore tout; jamais il ne souponnera la cause de ce dnouement
terrible.

Quant  dom Pedro, je ngligeai, cela va sans dire, la commission
suprme dont Louise m'avait charge pour lui.  quoi bon? d'ailleurs,
huit jours aprs il tait  l'Opra avec Matt!...

Moi, je me souviens... et je prie.


FIN




Paris.--Typ. G. Chamerot, 19, r. des S.-Pres.--21036.


---------------------
NOTE DU TRANSCRIPTEUR

Les chapitres VIII et IX sont numrots VII et VIII respectivement
dans l'original.





End of the Project Gutenberg EBook of Pauvre petite!, by Paul Bourget

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PAUVRE PETITE! ***

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